POUR TOI, MA DESCENDANCE

Publié par astrovie le 3 mai 2013

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«Voici un texte écrit par mon garçon Michaël, pour un travail au Cégep, qui amène à une grande réflexion»

Pour toi, ma descendance,

Il y a de forte chance que tu ne me connaisses pas ou que cette lettre ne te parvienne jamais, mais tu dois savoir qu’à l’époque où j’écris ces quelques lignes, je pense à toi qui n’existe pas encore. Peut-être ne verras- tu jamais le jour? Peut-être ton existence n’aura été qu’un songe merveilleux, abandonnée d’un couple, jadis amoureux. J’ose croire que non, car si tel est le cas, mes prédictions auront eu lieu. À qui lira cette lettre, vous devez savoir qu’elle était adressée à mon arrière-petit-fils ou à mon arrière-petite-fille et que s’il reste une trace de ma descendance quelque part, ces précieuses pages doivent immédiatement leur être rendues. Si vous ne le faites pas, lisez attentivement chaque mot et faites en l’interprétation que vous voulez. La simplicité du message qu’elles contiennent n’est nul autre que l’héritage d’une génération passé. Ces paroles ne devraient être perdues, mais plutôt partagées. Elles n’auront pas la prétention de donner réponse à tout. En réalité, elles n’en donneront aucune qui ne soulèvera pas de nouvelles questions. J’aimerais seulement qu’elle puisse aider à avancer. Maintenant, au plus profond de ma chair, j’espère sincèrement que tu lises ces quelques mots, toi ma descendance, homme ou femme, pour que l’espace d’un instant je puisse renaître des abîmes de tes pensées et peut-être continuer enfin d’y exister.

Il était tard, tard dans ma vie, la première fois que j’ai eu le courage de m’observer dans une glace. Je ne l’aurais pas fait si je n’avais pas constaté à quel point je me sentais triste et abandonné. J’endurais mes 25 ans et je ne croyais plus en rien. J’observais les autres vivres, mais moi, je vivais en transparence. J’étais comme un acétate vide dans lequel on attend juste le moment de pouvoir y insérer l’image d’une idée, bonne ou mauvaise, et qui aurait pour but de définir son existence à tout jamais. J’étais là, immobile face à moi, seul, contre moi. Le regard plongé dans cet homme que je connaissais si maladroitement, mais qui pourtant me ressemblait en tout point de vue. Plus je le fixais, plus il se transformait en quelqu’un que je ne connaissais pas du tout. Son visage se déformait peu à peu comme une tache d’huile qu’on aurait laissée briller au soleil pendant des heures. Qu’avais-je donc fait pour perdre tout contact avec moi-même? Avec mes buts et mes rêves? En avais-je déjà eu où s’étaient ceux de quelqu’un d’autre? La personne qui était en face de moi ressemblerait-elle à mon fils? Est-ce que j’aurai un fils? Soudainement, j’ai eu honte et peur de mes pensées. J’ai reçu la déflagration en plein cœur de ce que je venais de comprendre. J’enviais les autres pour ce qu’ils ne possédaient peut-être même pas. En quoi était-ce possible? La réponse, il m’a fallu des jours avant de la trouver. En fait, j’avais compris que le monde au tour de nous et la société dans laquelle nous vivions tentaient de standardiser nos vies. On essayait de nous implanter des idées préconçues de vie simple et paisible en famille, ou seul la joie émanait. En réalité, plus de la moitié des gens que je connaissais à cette époque avaient auparavant été des couples. Leurs relations avaient fini sur une mauvaise note et la plupart du temps ils avaient laissé un enfant ou deux à la traine derrière leurs nombreux problèmes amoureux. Des enfants qu’on traiterait comme des boulets une partie de leurs existences parce que les élever de façon solitaire demanderait trop de temps et d’efforts. Des enfants qu’on préfèrerait donner à qui veux bien les prendre pour quelques heures, parce qu’ils étaient trop turbulents une journée et qu’on voulait faire la grâce matinée. Étions-nous rendues si égoïstes que même nos propres enfants ne pourraient plus bénéficier de ces grains de sable qui s’écoulent lentement du sablier qui raconte la chaleur de nos vies? Voulais-je un enfant parce que j’avais besoin de me retrouver en quelqu’un? Étais-je capable de lui apporter l’amour nécessaire à son épanouissement? Cet enfant que j’aurais, deviendrait-il encore plus égoïste que moi? Ce rêve, ce n’était pas le mien, mais celui des murmures soufflés par les silhouettes que j’observais. C’est facile de regarder, mais souvent on ne voit rien. On avale les idées des autres comme si s’était des régimes miracles, mais on ne se pose pas de questions à savoir si ces concepts sont faits pour nous ou pas. Finalement, j’ai eu l’impression que tout le monde voulait aller dans la même direction, mais chacun à sa façon. Sans entraide, sans harmonie, pareille à ces couples qui ne tiennent plus la route. Plongé dans leurs regards noirs et luisants, victime de leurs propres reflets et prisonnier de ce qu’on leur a permis de croire. Nous sommes les seules responsables de l’assombrissement des cieux et du royaume des idées. Inconsciemment, nous avons créé notre malheur. Nous écoutons, mais ne comprenons rien. Nous avalons, mais ne goutons rien. Nous ne sommes préoccupés que par nous, nous seuls et nous-mêmes. Et le plus terrible dans tout ça, c’est que nous ne nous connaissons pas. Je ne me connais pas. Comment apprendre la vie à un enfant lorsque nous ne sommes mêmes plus capables d’être en relation avec nos âmes?

Je ne pourrais te dire quand nous avons perdu contact avec la réalité, mais je peux t’affirmer qu’il est impératif de le retrouver. J’ai peur pour mon monde, pour le tien. Si nous continuons ainsi, j’ai peur que tu ne puisses jamais voir le jour. Ou pire encore, que tu sois en vie, mais à ton tour assombri. J’aimerais pouvoir m’éveiller et apprendre à ton père ou ta mère comment partager une idée. Je voudrais pouvoir grandir de moi-même et ne plus être engloutie dans ce faux réconfort qui nous endort. Je veux reconnaître et connaître ce que je suis. Je veux composer mon futur et donner mon savoir à tes ancêtres pour qu’ils te l’enseignent à leurs tours. Je veux que tu te reconnaisses et que tu l’apprennes à tes enfants. Tu dois t’interroger sur ton avenir et le façonner dans tes idées. Ne sois pas hypnotisé par les conformités qu’on tente si souvent de t’administrer. Si tu les ignores, ceux qui tentent de te les imposer finiront par s’étouffer avec les cendres de leurs propres idées. Tu es maître de ta liberté et c’est à toi de la partager. Moi, je commence peut-être une nouvelle vie à tes côtés comme le spectre d’une idée, mais ici en 2013 je sors enfin de mon inutilité et j’ose, pour la première fois, engendrer l’espoir qu’un jour tu puisses exister.

 

 

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