Krisnamurti: Question & Réponse 16 – Sur la croyance en Dieu

Jiddah Krisnamurti

La première et dernière Liberté

Question & Réponse #16

Sur la croyance en Dieu

KRISHNAMURTIQUESTION : La croyance en Dieu a été un puissant stimulant qui a poussé l’homme à mieux vivre. Pourquoi niez-vous Dieu? Pourquoi n’essayez-vous pas de ranimer la foi de l’homme en l’idée de Dieu?

Krisnamurti : Examinons avec intelligence le problème dans son ampleur. Je ne nie pas Dieu. Ce serait sot de le faire. Seul l’homme qui ne sait pas ce qu’est la réalité se complait dans des mots qui n’ont pas de sens. L’homme qui dit « je sais » ne sait pas. Celui qui vit la réalité d’instant en instant n’a aucun moyen de communiquer cette réalité.
Croire c’est nier la vérité ; les croyances font obstacle au réel ; croire en Dieu ce n’est pas trouver Dieu. Ni le croyant ni l’incroyant ne trouveront Dieu ; la réalité est l’inconnu, et votre croyance ou non-croyance en l’inconnu n’est qu’une projection de vous-mêmes, donc n’est pas le réel. Il y a partout de nombreux croyants, des millions de personnes croient en Dieu et y trouvent leur consolation. Tout d’abord, pourquoi croyez-vous? Vous croyez parce que cela vous donne du contentement, une consolation, un espoir, et cela donne aussi un sens à la vie. En fait, votre croyance n’a que très peu de valeur, parce que vous croyez et exploitez, vous croyez et tuez, vous croyez en un Dieu universel et vous vous assassinez les uns les autres. Le riche, lui aussi, croit en Dieu ; il exploite cruellement, accumule de l’argent et bâtit ensuite un temple ou devient un philanthrope.

Ceux qui ont lancé la bombe atomique sur Hiroshima disaient que Dieu était avec eux ; ceux qui s’envolaient d’Angleterre pour détruire l’Allemagne disaient que Dieu était leur copilote. Les dictateurs, les premiers ministres, les généraux, les présidents, tous parlent de Dieu ; ils ont une foi immense en Dieu. Sont-ils au service de l’humanité?

Ils disent qu’ils croient en Dieu et ils ont détruit la moitié du monde et la misère est partout. L’intolérance religieuse divise les hommes en croyants et incroyants, et aboutit à des guerres religieuses. Cela montre à quel point nos esprits sont préoccupés de politique.

La croyance en Dieu a-t-elle été « un puissant stimulant qui a poussé l’homme à mieux vivre »? Votre stimulant ne devrait-il pas être votre désir de vivre proprement et simplement? Si vous avez recours à un stimulant, c’est le stimulant qui vous intéresse, et non pas le fait de rendre la vie possible à tous. Et comme votre stimulant est différent du mien, nous nous querellons à leur sujet. Si nous vivions heureux tous ensemble, non pas à cause de notre croyance en Dieu, mais du fait de notre humanité, nous partagerions tous les moyens de production en vue de produire pour tous. Par manque d’intelligence, nous acceptons l’idée d’une supra-intelligence que nous appelons Dieu ; mais ce Dieu, cette supra-intelligence, ne vous accordera pas une vie meilleure. Ce qui mène à une vie meilleure c’est l’intelligence ; et il ne peut pas y avoir d’intelligence s’il y a croyance, s’il y a des divisions de classes, si les moyens de production sont entre les mains d’une minorité, si existent des nationalités isolées et des gouvernements souverains. Toutes ces choses indiquent un manque évident d’intelligence.

Ce sont elles qui font obstacle à une vie meilleure, et non l’incroyance en Dieu.

Vous croyez de différentes façons, mais vos croyances n’ont absolument aucune réalité. La réalité c’est ce que vous êtes, ce que vous pensez ; et votre croyance en Dieu n’est qu’une évasion de votre vie monotone, stupide et cruelle. En outre, les croyances, invariablement, divisent ‘es hommes. Il y a l’Hindou, le Bouddhiste, le Chrétien, le communiste, le socialiste, le capitaliste, etc. Les croyances, les idées divisent ; elles n’unissent jamais les hommes. Vous pouvez rassembler quelques personnes en un groupe, mais ce groupe sera opposé à d’autres groupes. Les idées et les croyances n’unifient pas ; au contraire, elles séparent ; elles sont désintégrâtes et destructives. Par conséquent votre croyance en Dieu propage en fait la misère dans le monde. Bien qu’elle ait pu vous donner une consolation momentanée, elle vous a en réalité apporté un surcroît de misères et de destructions sous forme de guerres, de famines, de divisions de classes et d’actions individuelles dénuées de pitié. Donc vos croyances ne sont pas du tout valables. Si vous croyiez réellement en Dieu, si c’était une expérience vraie pour vous, votre visage aurait un sourire, et vous ne seriez pas en train de détruire des êtres humains.

Qu’est-ce que la réalité, qu’est-ce que Dieu? Dieu n’est pas un mot, le mot n’est pas la chose. Pour connaître l’immesurable, l’intemporel, l’esprit doit être libéré du temps, ce qui veut dire qu’il doit être débarrassé de toute pensée, de toutes les idées sur Dieu. Que savons-nous de Dieu ou de la vérité? Vous ne savez rien concernant cette réalité. Tout ce que vous savez ce sont des mots, les expériences d’autrui et quelques moments d’expériences personnelles plutôt vagues. Mais cela n’est pas Dieu, cela n’est pas la réalité, cela n’est pas au-delà du champ de la durée. Pour connaître ce qui est au-delà du temps, le processus du temps doit être compris, le temps étant la pensée, le processus du devenir, l’accumulation des connaissances. Tel est tout l’arrière-plan de l’esprit ; l’esprit lui-même est l’arrière-plan, à la fois le conscient et l’inconscient, le collectif et l’individuel. Mais l’esprit doit être libéré du connu, ce qui veut dire qu’il doit être tout à fait silencieux, non pas « rendu » silencieux.

L’esprit qui parvient au silence en tant que résultat d’une action déterminée, d’une pratique, d’une discipline, n’est pas un esprit silencieux. L’esprit qui est forcé, dominé, façonné, mis dans un moule et que l’on fait taire n’est pas un esprit immobile.

Vous pouvez le contraindre pour un temps à être superficiellement silencieux, mais le vrai silence ne vient que lorsque l’on comprend tout le processus de la pensée.

Car comprendre ce processus c’est y mettre fin et la fin du processus de la pensée est le début du silence.

Ce n’est que lorsque l’esprit est complètement silencieux, non seulement aux niveaux périphériques et superficiels mais jusqu’aux couches les plus profondes, que l’inconnu peut entrer en existence. L’inconnu n’est pas un sujet d’expérience ; l’esprit ne peut pas le percevoir ; seul le silence peut être perçu, le silence devant l’inconnu.

Tant que la pensée fonctionne sous n’importe quelle forme, consciente ou inconsciente, il ne peut pas y avoir de silence. Le silence nous libère du passé, des connaissances, de la mémoire consciente et inconsciente. Lorsque l’esprit est complètement silencieux, lorsqu’il n’est pas en fonctionnement, lorsque survient cet arrêt qui n’est pas le produit d’un effort, alors l’intemporel, l’éternel entre en existence. Cet état ne s’accompagne pas de mémoire: il n’y a pas d’entité qui se souvienne, qui fasse une expérience.

Dieu, la vérité – le nom n’a pas d’importance – est quelque chose qui entre en existence d’instant en instant, et qui n’a lieu que dans un état de liberté et de spontanéité, et non lorsque l’esprit est discipliné à l’imitation d’un modèle. Dieu n’est pas du monde de la pensée ; il ne vient pas à travers des projections de nous-mêmes ; il ne vient qu’avec la vertu, laquelle est liberté. La vertu consiste à voir face à face ce qui « est » ; être face à face avec ce fait est un état de félicité. Ce n’est que lorsque l’esprit est dans cet état de félicité et de calme, sans faire le moindre mouvement, sans qu’il y ait projection de pensée, consciente ou inconsciente, que l’éternel peut naître.

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