SUITE…..de la partie #1

Monoprix et associés Ces enseignes commercialisent des produits du commerce équitable de marques indépendantes, labellisés Max Havelaar.

fleur commerce équitable

Les atouts du commerce équitable

Production de fleur commerce équitable en équateur © notre-planete.info

On ne remettra pas en cause la qualité des produits issus du commerce équitable, notamment celle des produits alimentaires et vestimentaires. Il s’avère en effet que la majorité des produits sont issus du bio : un pas pour une agriculture moins polluante – donc un environnement plus vert – et pour un corps plus sain au final. De plus, l’achat de produits issus du commerce équitable est une façon pour les pays européens de découvrir de nouveaux produits. Le quinoa était encore inconnu il y a quelques années, par exemple. Il s’agit aussi de faire des gestes « quotidiens » – lors de l’achat de denrées alimentaires ; mais le commerce équitable représente également une forme d’intérêt pour une autre culture avec des produits typiques (bien qu’un voyage écologique dans le pays ait souvent des atouts encore plus pittoresques que l’achat d’un bibelot de décoration issu du commerce équitable). Il peut aussi correspondre à une nouvelle façon de faire plaisir. Si pour un anniversaire on hésite dans les rayons, le commerce équitable dispose d’une large gamme de produits qui permette d’élargir le spectre d’un cadeau de choix, sans forcément dépenser énormément plus que pour un cadeau « classique » !

Les polémiques que soulève le commerce équitable

Voici une petite liste mettant en avant la complexité du thème que nous abordons au travers de pistes de réflexion… Il s’avère que la sphère commerciale est très imbriquée dans les problématiques environnementales.

Un produit issu du commerce équitable est plus cher

Cela n’est pas toujours vrai. De plus, ne vaut-il mieux pas mettre un peu plus cher pour un produit et consommer un produit de qualité qui respecte ses producteurs ?

La question des transports

Un sachet de thé qui vient du Sri Lanka n’a malheureusement pas un bilan carbone neutre ! Mais quitte à choisir un produit que l’on ne trouve pas sous nos latitudes, autant que le fabricant reçoive un revenu plus juste… De plus, certains produits issus du commerce équitable bénéficient d’une compensation carbone. Avec l’augmentation du baril de pétrole, on peut également se poser la question de la viabilité d’un tel trafic. Si le coût de ces produits déjà chers ne cesse d’augmenter, y aura-t-il toujours des acheteurs ?

Certains petits producteurs sont marginalisés si ils n’adhèrent pas au commerce équitable

En théorie, les petits agriculteurs se regroupent en coopérative pour pouvoir, ensemble, surmonter la pression du marché international. Fair-trade met l’accent sur les petits producteurs familiaux. Or cela n’empêche pas la marginalisation de certains petits producteurs qui ne répondent pas aux contraintes imposées par la coopérative. Cela peut provenir par exemple de leur appartenance à un cartel mais aussi du fait de la qualité et de la quantité terre cultivable. Les coopératives peuvent aller jusqu’à monopoliser le marché en empêchant aux autres petits producteurs de commercialiser leurs produits.

Les travers de Max Havelaar

Max Havelaar a pris de telles proportions que cette entreprise est comparable à une multinationale. Comme toute multinationale, il y a des problèmes d’organisation et donc un manque de moyens pour vérifier toute la traçabilité de tous les produits certifiés/labélisés Max Havelaar. Max Havelaar se cantonne bien trop sur les produits dits « coloniaux » : cacao, chocolat, babanes, sucre… où la demande est forte. De surcroît, il incite les petits producteurs a s’engager dans ces productions rentables en contradiction avec leurs productions locales, pourtant bien plus intégrées dans leur environnement et leur culture. Enfin, le label Max Havelaar vérifie surtout la production de la matière première et beaucoup moins la transformation. Donc en théorie un petit Bengali pourrait être chargé de la torréfaction du café avec un salaire miséreux.

Le commerce équitable incite à l’utilisation d’intrants et de pesticides

N’améliorant pas les externalités négatives du marché de l’export, le Commerce Equitable contribue, tout en limitant certains de ses impacts, à ces inconvénients : comme les agriculteurs ne sont pas contraints de cultiver bio, ils sont poussés à se tourner vers les produits chimiques, entrant ainsi dans le cercle vicieux de l’utilisation d’intrants qui ne permet pas la regénération naturelle du sol et demande de plus en plus de produits chimiques.

Le commerce équitable ou le néo-colonialisme

Le commerce équitable suscite souvent la critique en tant que nouvelle forme de colonialisme. Certains producteurs des pays du Sud voient cette prime comme une nouvelle forme de paternalisme et comme une velléité des pays occidentaux de contrôler leur devenir en calquant leurs projets suivant nos schémas sans prendre en compte leurs besoins réels. Ils estiment être mesure de définir eux mêmes l’utilisation de ladite prime. Ceci est partiellement faux dans le sens où le commerce équitable n’est pas voué à durer dans le temps. Il s’agit d’un tremplin pour que les producteurs en difficulté dans les pays du Sud puissent éviter les fluctuations (parfois violentes) du marché international. Le but du commerce équitable est en aucun cas la conquête d’un territoire sans foi ni loi, mais bien de soutenir un développement économique et durable sur place, à amener à une autonomie des populations, et non piller leurs ressources. Le commerce équitable ne réduit pas les emballages Concernant les emballages, on peut encore exiger mieux ! En effet, un sachet de thé du commerce équitable est souvent emballé dans une petite boîte en carton recyclé puis dans un emballage individuel en papier ou en plastique. Ceci est largement critiquable d’un point de vue environnemental ! Que de déchets pour une tasse thé ! Alors qu’une marque comme Tetley – complètement hors du circuit du commerce équitable – a réfléchi à supprimer les emballages de certaines sortes de sa gamme en offrant au client 5 sachets de thé supplémentaires grâce à la l’espace gagné dans la boîte en carton recyclé. Il existe bien évidemment la solution d’acheter du thé en vrac, mais le plus visible dans les rayons reste le thé en sachets…

Le problème de la transparence et de la clarté sur les produits

Les inscriptions données au dos des paquets de riz, de quinoa, sur les étiquettes de jus de fruits etc… peuvent permettre aux Européens de se renseigner sur l’origine du produit, et d’aller plus loin en présentant des avancées que le commerce équitable provoque, tels que l’interdiction du travail des enfants, l’alphabétisation et les projets mis en œuvre dans les coopératives d’où vient le produit.

Le commerce équitable ne favorise pas la décroissance

Les personnes prônant la décroissance diront que le commerce équitable est sans doute une bonne initiative, mais il s’agit malgré tout de consommation… Evidemment, comme nous l’avons déjà souligné plus tôt, l’intérêt n’est pas de consommer plus juste parce que c’est bon pour la conscience ! Au contraire ! Il s’agit de consommer mieux, en connaissance de causes, en « faisant sa part », voire de consommer moins !

Pourquoi les producteurs du Sud et pas du Nord ?

La question revient souvent de savoir pourquoi aider des producteurs à l’autre bout du monde tandis que l’agriculteur de notre village a du mal à subsister. Force est de constater que le contexte est totalement différent : un agriculteur des pays du Nord pourra subvenir aux besoins vitaux de sa famille avec ce qu’il gagne. Même s’il connaît des difficultés, cela ne remettra ni en cause la scolarisation de ses enfants, ni l’alimentation de sa famille au quotidien. Aussi, les subventions attribuées par l’UE représentent une aide supplémentaire et non sans importance pour ce producteur. Alors qu’à l’inverse, le petit paysan du Sud ne reçoit pas de subvention et n’a aucune certitude de pouvoir envoyer ses enfants à l’école, ni même de pouvoir sustenter son entourage !

Le commerce équitable : interview

Fleurance LaroppeInterview de Fleurance Laroppe, spécialiste de la question du commerce équitable, active dans la région de Sarrebruck (Allemagne) Fleurance Laroppe en Equateur © Fleurance Laroppe

Bonjour Mme Laroppe, comment en êtes-vous venue au commerce équitable ?

Il y a dix ans, à plusieurs associations « tiermondistes », nous avons fondé une Plateforme des ONG Nord-Sud de la Sarre. Au bout de trois ans, nos actions ne touchaient que les convaincus, et ce que je recherchais personnellement, c’était de sensibiliser la population, d’amener les gens à réfléchir sur les interdépendances Nord-Sud, et bien sûr à AGIR ! … Le CE (Commerce Equitable) y répondait à merveille !

Quand avez-vous commencé à vous engager pour cette cause ?

Dans le cadre d’une rencontre nationale d’ONGs Nord-Sud à Hambourg, j’ai découvert que dans le Nord de l’Allemagne, il y avait deux Campagnes du CE. Cela m’a tout de suite inspirée, et en rentrant à Saarbrücken, j’étais enthousiaste à l’idée de lancer une Campagne au niveau du Land de la Sarre ! C’était en 2001. Partant de « ground zéro », il a fallu tout, tout inventer : créer des formes d’actions, former une équipe, élaborer des dépliants, chercher des financements, etc.

Avez-vous senti une évolution depuis que vous avez commencé dans ce secteur ?

Il y a eu en gros trois phases : la première pour inventer, créer et tester. La deuxième pour élargir la palette des activités et des groupe-cibles… La troisième pour établir des coopérations avec d’autres groupes CE, mais aussi avec des institutions étrangères, par exemple avec le Jardin Botanique de l’Université, où nous proposons des Parcours-découverte de la Plante au Produit fini équitable, ou la Bibliothèque Municipale, oú nous organisons des petits déjeuners équitables.

Etes-vous optimiste face au développement du commerce équitable ?

La Campagne « Fairtrade Town » permet de s’infiltrer – si je puis dire – dans tous les secteurs de la société au niveau d’une Ville, et ainsi de faire passer le message tous azimuts. En fait, c’est cette stratégie que nous poursuivions depuis sept ans dans le cadre de notre Campagne « La Sarre s’engage pour le CE », et qui nous permet aujourd’hui de décrocher la timbale « Première Ville du CE en Allemagne ». Imaginer que ce mouvement FTT, à l’instar de la GB et de la Belgique, va prendre dans chaque ville aura comme heureuse conséquence de fortement dynamiser le CE.

Dans votre vie quotidienne, comment mettez-vous en pratique vos idées ?

Je me dope au café équitable pour me réveiller le matin, et au vin rouge équitable pour arroser un bon dîner ! Mais surtout, j’en parle énormément autour de moi. Si j’offre un cadeau, il y a 95% de chance qu’il vienne du CE !

Vous revenez tout juste d’un séjour en Amérique Latine où vous avez rencontré des petits producteurs travaillant pour le commerce équitable. Quelles sont vos impressions après 4 semaines d’observations et de rencontres ?

Difficile d’en faire une brève synthèse. Je vais donc choisir deux éléments particuliers. Le premier, c’est que tous mes interlocuteurs, producteurs ou organisations, m’ont posé la question de savoir si « LA CRISE » allait affecter le CE. J’ai tout simplement répondu que NON ! Pourquoi ? La marge aisée d’une population n’est pas victime de la crise, disons 20%. Ces personnes sont donc un potentiel qui n’est pas encore exploité, puisque pour le café, par exemple, seulement 1% de la population allemande boit actuellement du café CE ; 19% restent à conquérir, ou ne serait-ce même que 5% comme c’est le cas des Britanniques. Grâce à la Campagne « FTT », ces nouveaux potentiels vont être exploités. Le second élément, c’est d’avoir rencontré de remarquables leaders … des individus qui ont eu une vision, et qui ont fait des miracles en mettant en action leur idée. Segundo, un petit producteur de café était en 1994 désespéré face à la chute des cours du café. Il a pensé qu’il fallait s’organiser entre petits producteurs et chercher ensemble à exporter. Aujourd’hui, cette coopérative, née de son idée, compte 7000 petits producteurs qui profitent du CE. Edifiant !! Et ce n’est pas le seul exemple.

Merci et bon courage !

En savoir plus Références Actualités sur le commerce équitable La société de consommation face aux défis écologiques dossier d’Edwin Zaccaï et Isabelle Haynes pour « Les problèmes politiques et sociaux » de la Documentation Française Le commerce sera équitable, Tristan Lecomte, Ed. Eyrolles Le commerce équitable, Tristant Lecomte, Ed. Eyrolles Commerce équitable 20 réponses pour agir, Joaquim Munoz, Ed. Michalon Entre valeurs et croissance : Le commerce équitable en question, Sylvain Allemand, Ed. Les Carnets de l’info La consommation écologique : ne plus accrocher sa vie à un chariot ! Ezzedine El Mestiri, Ed. Jouvence La Plate-Forme pour le Commerce Équitable Artisans du Monde Commerce équitable, la garantie Fairtrade Max Havelaar Site national de la Quinzaine du commerce équitable Fairfriends Veja Ideo Le Laboratoire du Commerce Equitable Oser le marketing durable Alter-Eco Auteurs Emmanuelle Orvain Fanny Vuckovic Christophe Magdelaine, responsable du site ↑ Haut de page ↑  En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour établir des statistiques et personnaliser votre navigation. En savoir plusFermer notre-planete.info est un média web indépendant qui informe et sensibilise sur l’environnement, l’écologie, les sciences de la Terre, la nature et le développement durable Mentions légales  |   Qui sommes-nous ?  |   Presse  |   Publicité  |   Contact  |   Liens et logos  |   Partenaires  |

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